Histoire d’une Nation

Le Liban… au centre exact de cette côte verticale qui clôt la Méditérranée orientale, avec Beyrouth, sa capitale, un million d’habitants, son port, son aéroport, les stigmates d’une terrible guerre encore toute proche, et les efforts gigantesques d’une reconstruction vers une ultramodernité…

Le Liban, ce sont deux chaînes de montagnes, parallèles, culminant à plus de 3000 m. par endroits, et bordant la mer, du nord au sud sur quelques 250 km., et enserrant entre elles, une vallée d’effondremant, la Bekaa, large de 12 km., très fertiles et renommée pour ses vignes, ses vins, ses cultures maraîchères, ses fleuves mythiques : l’Oronte qui coule au nord, le Litani qui coule au sud et le Bardaouni qui coule Ouest-Est! …

Le Liban, c’est aux yeux des anciens auteurs de la Bible, venus du désert, un Eldorado de forêts et de jardins, et de « sources fabuleuses, où coulaient le lait et le miel » : oliveraies, bananeraies, orangeraies, et les vignes, les pommiers, les figuiers, les amandiers, les cerisiers, les fraîsiers… et d’énormes nappes de forêts de chênes-verts, de mélèzes, de pins parasols et de cèdres géants que célébrèrent les poètes : Ezékiel, ch. 31 / : « qu’il était beau le cèdre du Liban dans sa hauteur et l’expension de ses branches, envié de tous les arbres du Jardin d’Eden! … – « Ô mon Dieu, disait Moïse sur le mont Nébo, laisse-moi voir les belles montagnes du Liban! … » (Deutéronome 3/25) – « Viens du Liban, ma bien-aimée!… » dit le Cantique des Cantiques (4/8)…

Le Liban, c’est la fenêtre ouverte d’un arrière pays Orient sur Occident, et cela depuis des millénaires, au temps des gloires passées des prestigieuses cités du litoral : Tyr, Sidon, Biroûte, Byblos, Trablos, Arouad, Ugarite… qui s’étaient constitué au cours des 3ème, 2ème et 1er millénaires avant J.C. un véritable empire maritime sur toute la Méditerranée, jusqu’à Carthage en Tunisie, Carthagène, Tarsis et Barcelone en Espagne et Câdix, Câdesch, la sainte, sur l’immense océan… Les phéniciens s’étaient faits les colporteurs des civilisations en marche, en Mésopotamie ou en Egypte, comme l’établirent les Grecs dans leur légende d’Europa, fille du roi de Tyr, enlevée par Jupiter et transportée vers la Grèce : Cadmos, Thalès, Euclide, Zénon de Cittrûm… étaient devenus les professeurs et les maîtres de sagesse de l’Occident, qui adopta leur alphabet dont ils venaient de faire l’invention. Au temps des empires gréco-romains, Beyrouth s’illustrait par son Ecole de Droit, rivale de celles d’Athènes et d’Alexandrie; Philon de Byblos, célèbre grammairien et historien, écrivait la vie de l’empereur Hadrien (2ème siècle après J.C.).

Si, au temps immense de l’empire arabe, cette fenètre sur l’occident fut fermée par raison de stratégie : éviter les contacts avec les empires rivaux d’Occident, elle fut rouverte forcée au 12ème siècle, au temps des Croisades, puis refermée jusqu’à la chute de l’empire Ottoman en 1919; la voici réouverte en notre temps.

Tous les pays arabes y viennent rencontrer cette fois l’Occident qui lui est familier. Terre d’accueil et d’échanges, le Liban se voit devenir le lieu priviligié d’un dialogue entre deux mondes et les deux grandes religions monothéistes actuelles : l’Islam et le Chistianisme, qui s’y côtoient dans une convivance débonnaire qui font de ce pays un modèle et un symbole. Ouverure d’esprit. Joie de vivre, esprit de tolérence et d’entregent, les gens de ce pays vous ouvrent le visage, et le cœur et les bras, en vous disant « ahla! ahla!, soyez les bienvevus! Vous êtes chez vous! Et des nôtres déjà! »

Jean De Lalande