À Isabelle, ma sœur tant aimée

ACTE I

Ce pays est-il vraiment l’œuvre du même Créateur ? A-t-il été doté autrement par la nature ? Faut-il croire que le Créateur avait un choix, une préférence dans son acte de créer ? Est-ce une injustice ? Est-ce un partage relatif ?

Ce pays est mentionné plusieurs fois dans les Écritures, la Bible et l’Histoire : le Liban. Ses sommets blancs, ses pieds dans la Méditerranée, en moins d’une demi-heure on peut rejoindre ses sommets neigeux, sa côte féérique. Ici, les quatre saisons ont chacune leurs charmes et leur durée. Sensationnel pays des dieux ! Du Nord au Sud, des quatre points cardinaux, de partout une difficulté de choix nous est imposée. Peut-on choisir entre le sublime, la beauté, l’idéal, le divin ? Sa côte et ses plages, ses forêts où les babyloniens, les Assyriens venaient chasser les lions, ses plaines, ses sources, ses vallées, ses sommets sont enviés par les célestes. De sa vigne on fermenta les premiers vins, ses fruits ses olives ses légumes sont uniques. L’air qu’on respire est autre, inégal. Ici tout est merveilleux, ses habitants si hospitaliers et aimables.

Je suis un Libanais engagé pour toute l’humanité et pour mon Liban, moyen-oriental, de culture méditerranéenne. J’appartiens à ce monde arabe par ma langue.

Ma famille, père, mère, un frère et cinq sœurs, vivait à Jounieh. Cette future grande ville côtière était encore un petit hameau de quelques maisons qu’on pouvait compter des hauteurs d’Harissa jusqu’à la côte. Plusieurs collèges, séminaires et couvents y étaient installés. De nombreuses écoles publiques et privées libanaises et étrangères comme les Apôtres, les Saints-Cœurs, les Maristes, la Sainte Famille Française… Jounieh et ses environs (Ghazir, Aintoura, Zouk) était devenue le plus grand centre scolaire de tout le Moyen-Orient. En effet, des élèves affluaient de partout : Alep, Damas, Amman, de Baghdâd, et même de l’Arabie ; sans oublier les élèves de la diaspora libanaise qui venaient des pays d’Afrique et d’Amérique Latine. Toutes les écoles disposaient d’un internat et comme il y avait beaucoup d’élèves, certains louaient chez l’habitant.

À Jounieh se trouvait donc un centre d’échange, une ouverture, ce qui imposait un développement continuel, des projets, des travaux… Un simple exemple est l’industrie du livre qui s’y est développée : plusieurs imprimeries se trouvaient entre Jounieh et Harissa. Plusieurs pays européens et arabes y imprimaient leurs livres.

L’agriculture était florissante, c’était une période dorée pour la ville. Je décris un peu la ville pour mieux comprendre l’épanouissement d’une famille, de la vie sociale et des relations humaines.

Jounieh, une baie circulaire, l’une des plus belle de la Méditerranée, entourée de montagnes qui se suivent comme des vagues et dépassant les 900 mètres presque à pic par endroit. La pêche était prospère et des centaines de pêcheurs y gagnaient leur vie, le poisson frais s’y vendait quotidiennement. Les ventes se faisaient à la criée directement sur le port et un marché aux poissons attire jusqu’à nos jours des clients réguliers. Le poisson congelé n’existait pas, car il n’y avait pas d’électricité.

On faisait nos devoirs à la lueur des bougies ou d’une lampe à pétrole, assis tous autour d’une table. Je me souviens du moment où la société de production et de distribution de fée électricité fut créée à Zouk. Chaque maison disposait d’une ou de deux lampes de 50 à 80 watts.

Il n’y avait pas d’eau courante dans les anciennes maisons, on pompait l’eau des puits qui se trouvaient dans les jardins de beaucoup de maisons.

Mon père et sa sœur aidaient leur père dans la boulangerie familiale ; un four à bois comme il en existait dans chaque quartier. Ils étaient une grande famille qu’il fallait nourrir.

Les travaux étaient distribués : les uns au four, d’autres dans la construction, l’agriculture… mais l’amour, la compassion dominaient et rassemblaient la famille. Presque personne n’était instruit, ils passaient quelque temps à l’école du curé. Toufic à peine savait-il lire et écrire, mais il avait le bon sens, le courage, l’esprit d’aventure et la capacité de résoudre différents problèmes et trouvait des solutions convenables, esprit de chercheur, de curieux, ils se hasardait dans n’importe quel projet en étant sûr de pouvoir résoudre tous les problèmes, il savait que le temps est précieux, que le temps vaut de l’or. Toufic ne dormait pas, ses débuts remontent un peu avant la 1ère Guerre Mondiale. Les communications n’étaient pas si faciles, très peu de voitures, le réseau routier était basique, se déplacer à pied, à dos d’ânes ou de charrette pour les petites distances était la norme. Le train qui longeait la côte de Tripoli au sud ne fut exécuté que bien plus tard durant la 2nde Guerre Mondiale. En résumé Toufic a pu devenir le plus grand entrepreneur en très peu de temps. Honnête, correct, aimé et respecté par ses connaissances. Les grandes institutions, écoles, usines, et collectivités comptaient sur lui pour les projets de construction et étaient toujours livrés à temps. Pour les religieuses, il ne prenait presque pas d’honoraires, il disait à son épouse, ma mère, « ce sont des femmes, elles ne s’y connaissent pas, il faut les aider ».

Avec cette introduction, vous nagez un peu dans l’esprit de cette époque, leur manière de vivre et de penser…

ACTE II

Toufic, jeune encore, se maria avec une certaine Isabelle, mais la pauvre femme mourut en couche et le bébé aussi. Toufic en fut intérieurement bouleversé et il se consacra au travail pour oublier. La mère supérieure des Sœurs de la Charité lui conseilla de se remarier. Elle lui présenta une de ses élèves : Eugénie, une jeune fille belle, studieuse, fille unique d’une bonne famille de Zouk. Le mariage fut célébré au couvent de Saint Elie à Jeita (Mar Elias el Ras) dans les années 1926-1927, où la tante d’Eugénie était religieuse.

Toufic et Eugénie vécurent à Jounié, dans l’une des deux maisons construites par Toufic lui-même et qui se situaient entre l’Ecole des frères Maristes et l’Ecole des Sœurs des Saints Cœurs. La maison était entourée d’un jardin où il avait planté des orangers, des muriers, des bananiers, quelques oliviers… il y avait aussi creusé un puits jusqu’à atteindre une source d’eau douce. Il y avait donc de l’eau en abondance pour la maison et pour le jardin.

Les gens de Jounié et de la région aimaient beaucoup ce couple et le leur montraient bien.

La 1ère Guerre mondiale était passée, et l’armée française et les alliés étaient au Liban. L’enfant premier-né était une fille qu’ils prénommèrent Marie la Reine des Cieux. On l’appelait Mimi. Un an plus tard, vient une autre fille qu’on nomma Wadad. La troisième année ce fut encore une fille que Toufic appela Isabelle, le prénom de sa première épouse.

En Orient, une famille n’est complète qu’à l’arrivée d’un enfant mâle pour assurer la continuité dans le foyer, mais la Providence joue son rôle… Après la troisième fille, Eugénie mis au monde un enfant mâle qui mourut lors de l’accouchement. L’ambiance était triste, et morose de ce malheureux coup du destin… On décida alors de suivre la tradition et de demander l’aide d’un saint pour contrer le « mauvais œil » et éloigner ce mauvais sort qui entravait l’arrivée d’un petit garçon. Il fallait bénir le dernier né des enfants pour chasser de son âme les mauvais esprits. Pour cela, on fit un vœu à Saint Elie et on procéda à un rituel quelque peu « magique » qui se pratiquait au lieu-dit de Bâtié à quelques centaines de mètres de la maison. Là, au pied d’une falaise sur la mer, se trouve une petite église dédiée à Saint Georges (appelé aussi Khoder par les communautés musulmanes qui le vénèrent aussi). Sous l’église se trouve une grotte où les eaux d’une source et celles de la mer se mélangent. La cérémonie consiste à plonger la dernière-née de la sororité dans l’eau de ce puits. L’enfant est porté par un adulte, ils descendent tous les deux par un escalier sculpté dans le mur en pierre de la grotte, la petite est plongée dans l’eau avec bien sûr toute la famille qui chante et prie, demandant à dieu la grâce d’un enfant mâle en bonne santé et quand la cérémonie finie, il est ressorti à l’aide d’une corde et une poulie au travers d’un grand trou qui relie la grotte à l’église en dessus.

Isabelle fut l’héroïne de cette cérémonie d’exorcisme et l’année suivante vit la naissance du garçon tant attendu. On décida de l’appeler Antoine ou Tony pour la famille. Il fut bien gâté par tous.

Après Tony, Eugénie donna le jour à une fillette qu’on nomma Hilda. L’année d’après, vit ma naissance. Second garçon qu’on appela Joseph et Zouzou pour les intimes. J’étais actif et dynamique dès mon plus jeune âge. Je me souviens que ma mère me disait toujours : « Tu es le responsable de la famille, toujours tu aideras ton frère et tes sœurs… ». J’ai grandi, j’ai beaucoup étudié, je me suis absenté quelques années pour mes études universitaires, j’ai beaucoup voyagé pour des expositions à travers le monde et je suis le dernier vivant de cette belle famille.

Après Joseph, vint Nouhad, la dernière de la fratrie. Elle avait 2 jours quand mon père Toufic, encore jeune, décéda subitement à la suite d’une pneumonie mal soignée… Pourtant le médecin et le pharmacien qui le soignèrent étaient ses meilleurs amis…

Moi-même j’avais un an et je n’ai jamais connu mon père. Eugénie devait s’occuper seule désormais de cette grande famille. Marie l’aînée avait neuf ans alors que j’avais un an. Affronter la vie et ses difficultés avec sept enfants durant la 2ème Guerre mondiale n’est pas facile. Ma mère était fille unique et mes oncles n’étaient pas capables de prendre la relève, ils ont tout liquidé, les chantiers, les projets en cours, tout fut réglé à l’amiable : ma mère devait continuer à s’occuper des enfants, des immeubles et des jardins qui nous appartenaient. Je grandissais et j’étais toujours auprès de ma mère pour l’aider. Je devinais à quel point ma mère avait aimé mon père et combien ce dernier était aimé par les gens de Jounieh et de ses clients.

ACTE III

Les enfants s’aimaient beaucoup, se partageaient tout, même un fruit. Les cinq filles dont Isabelle faisaient leurs études chez les Sœurs des Saints-Cœurs, les deux garçons chez les Frères Maristes. En hommage à mon père, qui avait rendu beaucoup de services à ces deux écoles, nos études étaient gratuites. De plus, les religieuses et les frères donnaient des travaux de couture à ma mère qui lui rapportaient de l’argent et aidaient à subvenir à nos besoins. En effet, il y avait plus de 300 internes et il fallait prendre soins de leur garde-robe et de leur linge. La machine à coudre de ma mère fut donc notre gagne-pain.

Ma mère Eugénie qui fut veuve très jeune eut plusieurs prétendants mais elle refusait toujours de se remarier. Elle aimait toujours Toufic et lui restât fidèle toute sa vie. Elle était toujours vêtue de noir, priait et jeûnait beaucoup : le lundi pour tous les saints, le mardi pour Saint Antoine, le mercredi pour Saint Joseph, et le samedi pour la Sainte Vierge, le jeudi pour le Saint Cœur de Jésus et le vendredi pour le Christ crucifié.

Elle assistait à la messe tous les jours, chez les frères Maristes ou chez les religieuses des Saints-Cœurs. Elle fut hospitalisée plusieurs fois car elle était cardiaque. Mes amis médecins la soignaient.

Les deux écoles, celle des frères et celle des religieuses, étaient à une ou deux minutes à pied de notre maison, et les classes étaient données du matin jusqu’au soir avec une pose d’une heure trente à midi. Une journée débutait à 6h du matin et jusqu’à 7h du soir, pour les internes et jusqu’à 4h30 pour les autres.

De 7h00 à 7h30 c’est la messe, obligatoire tous les jours. Ensuite le petit-déjeuner dans la cour ou sous le préau. A 8h00 c’était le début des classes jusqu’à midi. La cloche sonne, les internes au réfectoire et les externes chez eux pour ceux du quartier et dans la cour pour les autres. Les classes reprennent à 1h30 jusqu’à 4h30 de l’après-midi. Puis, c’est le départ à pied à la maison ; ce n’est que plus tard qu’il fut instauré un service d’autocar. À 5h00, c’est l’étude pour les internes. A 7h, c’est le dîner, une petite récréation, télévision ou radio, puis tout le monde au lit au dortoir. Même le dimanche, la messe était obligatoire, sans oublier les sorties, et les activités dans la nature, organisées par l’école.

Nous autres nous rentrions à la maison en faisant du bruit, et un peu d’anarchie. Nous nous installions sur une table basse, deux ou trois bougies allumées et commencions nos devoirs. On allumait quelquefois des lampes à pétrole. Quand l’électricité fut distribuée, les choses se sont bien améliorées. Le courant électrique changeât la situation vers le meilleur. Toutes les questions étaient posées à Isabelle, la plus cultivée à l’époque parmi nous, la plus brave. Elle était notre institutrice attitrée.

À l’école, la discipline était sacrée et elle s’étendait même au-delà de ses murs. Je me souviens d’une journée de vacances, où nous jouions près des rails du chemin de fer qui passait près de la maison : l’un des enfants cria, les religieuses, pas loin, foncent vers nous pour voir ce qui se passe. En un clin d’œil, toutes les filles disparaissent de la scène et vont se cacher dans notre maison et les garçons qui restent c’est le silence total. Jadis, dans les écoles, il y avait la discipline, la sévérité, et les punitions si effractions, ce qui n’est plus le cas maintenant. C’était comme une dictature, comme dans les casernes militaires.

L’application de la discipline était de rigueur. Une autre fois, dans le complémentaire, je venais de m’asseoir à ma place dans la grande salle d’études. Près de moi, mon ami N. Salem ouvrit son bureau pour me montrer une boîte de cigarettes qu’il avait achetée. À peine j’ai tourné ma tête, le frère surveillant cria « Matar ! Salem ! Vos livres ! ». Je me présentais devant lui avec un livre que je gardais toujours avec moi et que je connaissais par cœur. Chaque fois qu’il y avait une punition, je le présentais. Ma punition au piquet au coin de la classe jusqu’à retenir les 50 lignes par cœur. Quelque 10 minutes plus tard, je me suis dirigé vers le surveillant pour lui dire que j’ai retenu les 50 lignes. Je les ai récitées. Il me dit : « Est-ce possible de retenir 50 lignes en si peu de temps ? ». Bref, j’ai été pardonné et mon pauvre ami a passé toute la journée à lire et relire ces textes.

Je remercie le Seigneur d’avoir eu comme éducateurs ces frères stricts, sérieux, travailleurs, qui nous ont si bien formés et inculqués des valeurs. On a pu acquérir une culture et beaucoup de connaissances. Jadis, les écoles formaient des hommes, des citoyens qui aimaient leur patrie. On respectait et obéissait au frère. La discipline, les études, tout cela était pris très au sérieux, pas comme maintenant où je vois toute cette jeunesse « mal élevée ».

ACTE IV

Marie l’aînée, qu’on appelait Mimi, s’est mariée très jeune. Il y avait à l’église syriaque catholique, curé de sa paroisse qui s’était insurgé entremetteur ; il avait une liste de toutes les jeunes filles célibataires et leurs adresses et n’hésitait pas à leur présenter de « bons partis ». Il était à l’origine d’une centaine de mariages dans la région.

Il arrive un jour chez nous avec un certain Georges, Alepin, qui cherche à s’unir à une Libanaise. Les mariages se faisaient et se discutaient comme une affaire commerciale et non comme une histoire de cœur ! Pour conclure le mariage, et bien que Mimi soit belle et jeune et Georges moche et vieux, il demanda ce que Mimi hérite de son feu père… Il ne parlait pas d’amour, d’entente, de culture, d’idées, de sentiments. Si le cas se posait maintenant, je l’aurais chassé comme un malotru… Durant la cérémonie du mariage, il ne prononçât son oui qu’après avoir les 4000 livres libanaises en poche, à l’époque une fortune. Elle s’est mariée, et cela n’avança en rien à l’évolution de l’humanité. Georges était poli et respecté autour de lui, mais c’était un être spécial. Mimi qui était de nature très généreuse souffrit beaucoup avec lui. Je crois qu’elle n’a jamais connu ni amour, ni bonheur. Elle éleva une grande famille, et tous ses enfants réussirent leurs parcours.

Mon unique frère Tony se révéla un garçon très intelligent, bricoleur et un esprit d’ingénieur. Il savait tout faire à l’école des Frères Maristes où il fit sa scolarité. Un de ses amis d’enfance me raconta qu’il les faisait tous rire par ses caricatures qu’il réalisait à l’école… Je me souviens toujours, du poste à galènes qu’il fabriqua tout seul : tous les élèves de sa classe venaient écouter leurs émissions radio préférées dans son atelier. Avec son esprit d’électromécanicien avancé, il leur fabriquait des trottinettes, des petits objets que ses amis lui commandaient…Quand on construisit la centrale de production d’électricité à Zouk, certains ingénieurs n’arrivaient pas à exécuter certains ensembles de la centrale. Ils firent appel à lui, pour les aider à la tâche. Quand il épousa Marie, il habitat au rez-de-jardin de la maison maternelle. Ils eurent deux garçons et une fille. Tony honorât ses parents en appelant l’aîné Toufic et sa fille Eugénie ; Michel fut choisi pour le plus jeune. Tony était bon vivant, et surtout il avait un sens de l’humour aiguisé à l’extrême, très sociable, blagueur, sympathique, proche des gens.  Il avait toujours une blague ou une histoire amusante à raconter…Son fils Toufic, est le digne héritier de son père en tous points. Quant à Michel, musicien, il eut la révélation chrétienne et la vocation tard dans sa vie. Actuellement, c’est un Pasteur très actif, et il est à la tête d’un ‘grand troupeau’.

Wadad, qui était une grande sportive, championne de natation, apprit la couture, et était une excellente pâtissière. Quand on partait à la plage pour se baigner, je lui tenais sa jupe, et je restais auprès d’elle dans l’eau, de peur de me noyer. Une fois, voulant imiter des adolescents qui plongeaient dans l’eau, j’y suis resté et sans la vigilance de Wadad qui sauta comme une tigresse, et m’arracha de l’eau que j’étais en train d’avaler, je serais mort noyé ! Ce fut une leçon pour moi que je n’ai jamais oubliée. Je lui dois en quelque sorte la vie… Elle épousât Edmond, qui avait une agence de voyage sur la place des Martyrs à Beyrouth et eut également trois enfants.

Quant à Isabelle, ma sœur préférée, elle passa plus de 12 ans à travailler après son brevet et à soutenir maman et tous les membres de notre famille. Isabelle était une personne de principe, elle aimait Fouad, qui l’adorait. Fouad était autodidacte, il lisait toute la presse, et la politique le passionnait. C’était un vrai libanais. Les amours d’isabelle et de Fouad durèrent plus de 10 ans, il venait presque tous les jours chez nous, et était considéré comme un membre de la famille, un conseiller, il passait des heures à bavarder avec Isabelle. Elle qui aimait lire des livres, des romans, des journaux… Elle et Fouad parlaient sûrement d’amour, de bonheur, du ciel, des saints, des âmes nobles, des valeurs humaines, du Liban, de la nation libre, des droits de l’homme, l’évolution de l’humanité, bref, Fouad était cultivé et Isabelle l’était aussi. Elle était femme de principe et d’honneur, idéaliste dans son comportement, courageuse et révolutionnaire, tenait à ses paroles, ses valeurs, son honneur. Elle avait fait comprendre à Fouad, nous resterons des amis, toute la vie, mais je ne te prends pas comme époux qu’à une condition : ta mère doit venir demander ma main, de ma mère, un de mes oncles sera présent, mes frères et sœurs aussi. La mère de Fouad était orgueilleuse et avait décidé de marier son fils à une fille plus riche… Malheureusement, Fouad n’exerçait aucune influence sur sa mère, il jura à Isabelle qu’il ne se mariera pas avant qu’elle-même ne choisisse un époux.

Isabelle, l’aimable, la fille sensible et aimante, généreuse travaillait au ministère des Travaux Publics. Elle y rencontra Charles et ils se marièrent bientôt. Il s’avéra plus tard que Charles était un joueur de cartes invétéré. Il avait ruiné ses parents avec ses dettes de jeu. Isabelle eut deux garçons et deux filles.  Charles dilapidait l’argent de la famille, s’endettait et devenait de plus en plus insupportable. Il allât même à violenter Isabelle pour lui soutirer son salaire… S’en était trop ! Isabelle obtenu une séparation par le tribunal de la rote. Elle quitta Beyrouth, et revint avec ses quatre enfants, deux filles et deux garçons, s’installer près de sa mère à Jounieh. Isabelle était une femme courageuse, moderne, sportive, serviable, cultivée ; elle avait toujours un livre à la main… Toujours prête à soigner et à aider les autres, à se donner corps et âme. C’était une grande âme ! Elle le resta jusqu’à la fin de sa vie. Elle est décédée ce début d’été 2025 après avoir souffert de la maladie d’Alzheimer.

On n’a jamais vu Isabelle triste, ou mélancolique, mais toujours gaie et croyante, espérant des jours meilleurs. Chère Isabelle, tu reposes près de ton père, de ta mère, de ton frère Tony, devant cette baie unique de Jounieh, sous le monument de Notre-Dame du Liban, dans la paroisse Notre-Dame du Rosaire, la Vierge Miraculeuse. Je passerai souvent te visiter, prier et fleurir ta tombe. Père de Marina, ta filleule, Madonna, William, Jean-Pierre, époux d’Andrée, ces enfants brillants que tu as tant aimés.

Quant à Hilda, elle eut son brevet et fit des études de comptabilité. Elle trouva un poste dans l’un des bureaux de droit des plus réputés de la capitale. Plus tard, elle se maria à Victor, employé à la Banque Intra. C’était un vrai mariage d’amour. Ses enfants firent de hautes études. Malheureusement, elle eut une fin tragique : durant l’invasion israélienne du Liban en 1982, leur belle villa à Monteverde reçut une bombe israélienne qui la tua sur le coup… Walid, le benjamin de Hilda était mon élève : il fit de brillantes études d’architecture. Son épouse est professeur à l’USJ et à la Sorbonne, un être dynamique et de grande culture. Jusqu’à ce jour, Walid et son épouse Jenny passent régulièrement me voir.

Nouhad, la benjamine, était belle et brave. Pourtant elle quitta l’école assez tôt et se maria. Malheureusement, sa vie fut assez chaotique et pleine d’aventures. Elle quitta le Liban et finit sa vie très jeune aux États-Unis où elle mourut d’un cancer agressif…

ACTE V

Les descendants de la famille de Toufic et d’Eugénie, sont maintenant éparpillés sur les cinq continents mais malgré cela, nous restons très attachés et engagés pour notre chère nation libanaise.

Le Liban est une grande nation, comme la France, l’Espagne, la Grèce, le Japon … Nous, les libanais avons participé à la culture, la science, les beaux-arts, la démocratie, la sainteté, la connaissance et à ce qui a fait avancer l’humanité. Nous avons ensemencé toute la planète, comme les bons épis dorés sont au service de l’humanité et du Sauveur. Comme l’a dit le Très Saint-Père : « Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message ».

Juin 2025

Joseph Matar
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